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Contre le musellement des joueuses

janvier 25th, 2012 · 10 Comments · Non classé

[Victoria Azarenka, souvent pointée du doigt]

La polémique concernant les cris des joueuses sur le terrain m’a toujours un peu dépassé. Pour plusieurs raisons.

  • Tout d’abord, il est souvent de bon ton de se réfugier sous l’excuse du « cela gêne le (télé)spectateur ». Mais le tennis est un divertissement, avec ses composantes, à savoir des personnalités éclatées, dotées de modes d’expression différents. Régir le comportement des joueuses de tennis (je parle au féminin, puisque ce sont les femmes qui sont prises à parti), et leur donner des contraintes supplémentaires à celles déjà existantes dans leur quotidien, n’est dans l’intérêt de personnes : pourquoi toujours vouloir tout uniformiser, tout lisser ? Plutôt que d’exiger l’interdiction des cris, peut-être pourrions-nous simplement accepter les préférences de chacun : il y a au moins autant d’admirateurs de tennis qui apprécient cette intensité sonore que de réfractaires à ce sujet. Imaginez qu’un  jour on trouve les joueuses trop silencieuses et qu’on estime que cela rend le tennis-spectacle trop monotone. Pour une frange de (télé)spectateurs, la solution serait donc de les obliger à crier au moment de la frappe ? Complètement absurde.

[Martina Hingis, hier à Melbourne]

  • Autre argument qui me paraît court : les cris perturberaient les adversaires sur le court. Je peux comprendre que cela puisse être une nuisance potentielle, mais dans les faits, il me semble que les joueuses qui s’en plaignent sont surtout plus agacées par la représentation du cri (volonté, agressivité) que par les décibels qui en proviennent. Lindsay Davenport expliquait il y a quelques années qu’elle prenait les cris comme une indication du mental adverse : « Plus les sons deviennent fort et aigus, plus je sais que mon adversaire est nerveuse ». Cette nuit, en conférence de presse à Melbourne, Martina Hingis a estimé pour sa part que « si tu es en train de gagner, tu n’y penses pas. Quand tu es en train de perdre, c’est probablement plus propice à la distraction ». Tant qu’il n’y a pas volonté active de déconcentrer l’adversaire, ou qu’il n’y a pas un bruit disproportionné par rapport à l’effort déployé, je ne vois pas le problème.
  • Enfin, on constate que les hommes ne sont pas concernés par cette question, alors qu’il est évident qu’une partie d’entre eux ahane également, sans être pour autant pointés du doigt par les observateurs. L’imaginaire collectif de la société continue de se représenter les qualités d’une femme avec des stéréotypes persistants : elle se doit d’être sage, réservée, discrète, apprêtée etc … Les hommes, eux, doivent montrer le goût de la conquête, avoir du caractère, se castagner. Lorsqu’une femme reprend les codes de la domination masculine (pour reprendre l’expression de Bourdieu), elle bouleverse complètement ces attentes sexuées façonnées par le temps.  N’est-il pas choquant d’observer qu’on envisage de littéralement museler les femmes, et de laisser dans le même temps la liberté à leurs congénères masculins de pouvoir crier ?

[Monica Seles]

  • J’ai pu lire pas mal de twits enthousiastes dernièrement concernant la combativité de Maria Sharapova, notamment lors de son succès sur Sabine Lisicki en 1/8ème de finale à Melbourne. Cette attitude, selon les joueuses, peut englober toute une série de différents comportements : poing serré, regards noirs, retour au trot à la chaise au changement de côté (liste non exhaustive). En ce qui concerne Sharapova, et d’autres, le cri est l’un de ces moyens d’exprimer cette combativité. En 1992, Monica Seles a atteint la finale de Wimbledon, en battant au passage Nathalie Tauziat et Martina Navratilova, qui s’étaient répandues en salle de presse (et sur le terrain) pour évoquer la gêne des cris occasionnés par la Yougoslave d’alors. Notons qu’elles n’avaient jusque là jamais exprimé un mécontentement significatif lors de leurs précédentes confrontations. Seles a été ensuite rappelée à l’ordre par le tournoi et n’a pas bénéficié d’un soutien de la WTA. Résultat des courses : la N°1 mondiale n’a pas moufté en finale contre Steffi Graf (62 61), en passant complètement à côté de son sujet, car elle était plus concentrée sur le fait de ne pas crier que sur le jeu. Est-ce vraiment ce genre de spectacles que l’on veut offrir ? Veut-on à ce point modeler les personnes à notre guise ? Uniformiser les comportements à ce point serait une initiative malsaine.


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10 responses so far ↓

  • 1 Basile // jan 25, 2012 at 15 h 33 min

    Enfin quelqu’un qui pense comme moi ! Je trouve que ce n’est pas si gênant que ça, car beaucoup de joueuses le font, comme les joueurs, une nouvelle fois, les homemes ne sont pas pointés du doigt, comme tu le dis.

  • 2 max94 // jan 25, 2012 at 15 h 55 min

    Effectivement comme vous le dites ce que je trouve le plus genant c’est que les hommes crient autant (voir plus pour certain) et personne ne les critiques.
    Après il y a crier et crier : des joueuses comme Sharapova ou Azarenka pour qui les cris permettent de gagner en intensité ne me genent absolument pas, au contraire cela rajoute une dimension « Ã©pique » a leurs matchs.
    En revanche un match représentatif de joueuses qui crient « pour crier » est le Cornet/Niculescu du 1er tour a Melbourne, en effet, quelle est l’interet de crier sur des moonballs, amorties ou autre coup droit slicés sinon que de pertuber l’adversaire ?!

  • 3 Cyril949 // jan 25, 2012 at 16 h 09 min

    Moi pour ma part un match sans cri m’endort !!! Les cris montrent que les joueuses en veulent vraiment , qu’elles donnent tout ce qu’elles ont et qu’elles sont déterminée à se battre jusqu’à la fin !!!
    Donc pour moi les cris que ce soit ceux de Sharapova , Azarenka , Kirilenko ou ceux de Niculescu , Schiavone ou même Li ne me gènent absolument pas . Même , au contraire , plus elles crient plus cela m’interesse et m’amuse !
    Pour le tennis sonore !!! :-)

  • 4 boomer // jan 25, 2012 at 16 h 30 min

    @Cyril
    Complètement d’accord avec toi pour Niculescu qui a fait de l’anti-jeu manifeste contre Cornet et puis après contre Parmentier en hurlant comme une dingue, alors que contre Wozniacki sur la Rod Laver arena elle était complètement silencieuse et beaucoup plus clean niveau comportement. C’est ce genre d’attitude qu’il faut mieux réglementer.

    Egalement d’accord avec Matt concernant le double standard homme/femme, même si les grognements de l’ATP sont moins douloureux et stridents que ceux de la WTA, il faut reconnaître qu’il y a un sexisme subconscient assez malsain dans la polémique.

    En ce qui concerne Sharapova, Kirilenko, Azarenka, Schiavone et les Williams, je suis plutôt habitué à leurs cris, mais je dois avouer que quand elles s’affrontent entre elles ça peut être insupportable! Et il faut reconnaître qu’un (télé)spectateur non assidu de la WTA qui tomberait sur un match Masha/Vika aurait peut être pas envie de revenir. En tout cas, il paraît que Larcher de Brito est devenu quasi muette maintenant, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le tennis.

  • 5 max94 // jan 25, 2012 at 16 h 51 min

    oui Larcher est plus silencieuse mais a la place elle a gagné en crise de larme et autre pétage de cable …….
    Tu soulève un point intéressant Boomer sur les différents comportements que peuvent adopter les joueuses selon si leur est sur un grand court avec des caméras ou non. Par exemple Zahlavova Strycova est nettement moins « bitch » (tout est relatif) si elle joue contre une joueuse hupée que si elle joue une « anonyme ».

    Par contre je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que les grognements de l’ATP sont moins énervants que a la WTA car personellement je trouve les cris d’une Sharapova plus sexy que les « bwaaaaaaaaaaah » d’un Ferrer ou Nadal pendant 3 heures :D

  • 6 julien75008 // jan 26, 2012 at 9 h 06 min

    Ironie du sort, les 2 « victimes » de la chasse aux sorcières sont en finale…..
    Le tournoi est fini pour moi :p

  • 7 Tahlian // jan 26, 2012 at 14 h 00 min

    Les cris des joueuses ne me dérangent pas plus que ça ( sauf ceux de Larcher que j’ai eu en live ds les oreilles..)

    Par contre ce qui m’embêtent un peu plus, ce sont certains commentateurs/trices qui me font crier devant ma tv « mais tais toiiiiiii!! »

    Cette nuit 1er match nickel : Mauresmo et Verdier, rien à redire : commentaires tjs interessants et à propos, ils parlent qd il faut, et sont très agréables

    2è match : pffffiouuu! Loit et Milliard! Commentaires qui n’ont parfois rien à voir avec la choucroute, pas forcément au bon moment : un exemple en début de rencontre : Milliard qui demande à Loit de chanter pendant que les joueuses jouaient.. et pis ça minaude et ça ricane… la loose!

  • 8 Paris // jan 26, 2012 at 18 h 42 min

    Trois punitions le même jour :
    1) Cet article
    Non mais c’est une blague ?
    La seule chose à dire sur l’OA concerne les cris ?
    Déjà qu’on les subit en regardant les matchs… Bouh !
    2) Finale des 2 meilleures crieuses en perspective : Azarenka/Sharapova
    3) Les gloussements de Loit face au Milliard…
    Dur, dur…

  • 9 Romain // jan 26, 2012 at 19 h 18 min

    @Paris : je trouve que le sujet tombe à pic car dans tous les cas, la nouvelle numéro 1 mondiale risque de se faire entendre samedi ^^
    Après je suis assez d’accord sur le fait qu’accorder autant d’importance aux cris de l’adversaire démontre un manque de concentration.
    Et puis vous devriez lire l’avis de Sam Sumyk sur ce sujet : sa déclaration est assez provocatrice mais pas fausse.

  • 10 Tahlian // jan 27, 2012 at 8 h 57 min

    et voila l’Emilie Loit qui nous a poussé la chansonnette pendant la finale du double.. du Mylene Farmer en plus.. ouééé…

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